La leçon de chinois : Y a-t-il un humour chinois ?

avril 15, 2020

L’article original a été publié sur chine-info.com * où le professeur Bellassen en tant que chroniqueur partage régulièrement sa profonde connaisance de la langue chinoise. Notre éditeur a obtenu la permission du professeur Bellassen** et de Chine Info de republier ici.

 

Phénomènes de langue

 

Y a-t-il un humour chinois? À cette question, le grand écrivain chinois du XXe siècle Luxun avait répondu par la négative. Nous nous permettrons ici de prendre le contre-pied d’une telle affirmation…

 

Certes, le mot chinois humour fut importé de l’anglais, et de surcroît tardivement dans les années 20 du XXe siècle par l’écrivain chinois Lin Yutang. Et cela donna yōumò, les deux caractères choisis pour cette transcription phonétique, 幽默, signifiant « silencieux »… L’absence de mot ne signifie pas nécessairement que le phénomène correspondant est absent, mais qu’il n’a pas été conceptualisé comme tel… De fait, le mot humour en anglais a lui-même été emprunté au mot français « humeur », d’origine latine et renvoyant aux fluides du corps humain censés orienter le comportement.

 

Il apparaît de fait que le comique, ainsi que l’humour, plus indirect, sont manifestement présents et qu’ils trouvent même dans le contexte culturel chinois un environnement des plus favorables. Les xiangsheng, sortes de dialogues comiques qui font penser à nos numéros de chansonniers, les rôles de bouffons dans l’opéra, voire dans une veine très populaire et parfois graveleuse le spectacle Er ren zhuan dans le Nord-Est de la Chine.

 

Mais que dire de ces expressions toutes faites, appelées xiehouyu, expressions à sous-entendu, reposant sur un mécanisme allusif visant à produire un effet humoristique. Ces expressions idiomatiques, dûment répertoriées dans des dictionnaires de xiehouyu, reposent sur une première partie, l’amorce du xiehouyu, qui annonce ou fait allusion à une chute qui comprend généralement un jeu de mots. Le chinois est non seulement une langue qui fait place à l’humour, mais il possède même des expressions figées qui lui sont dédiées! En voici quelques échantillons…

 

Si vous ne comprenez pas ce que l’on vous dit, et que vous voulez faire de l’humour, essayez…

 

蛤蟆跳井——扑通(不懂) hama tiao jing —— putong! (bu dong)

 

Le crapaud saute dans le puits… plouf! (jeu de mots avec « je ne comprends pas », dont la prononciation est proche de l’onomatopée chinoise)

 

A quelqu’un qui fait le modeste, vous pouvez tenter…

 

老头儿过河——牵须(谦虚)laotour guohe —— qianxu

 

Le vieux traverse la rivière… on lui tire la barbe (même prononciation que « modeste »)

 

Enfin, quelqu’un qui ne respecte rien, vous pouvez le qualifier ainsi…

 

和尚打伞——无发(法)无天 heshang da san —— wu fa wu tian

 

Un bonze sous un parapluie… sans cheveux (les moines bouddhistes sont rasés) et sans ciel (puisque sous un parapluie!) (homophonie avec l’expression « sans foi ni loi »).

 

Le caractère du mois

LA CLÉ DES SIGNES

 

 

 

Le sinogramme 果 est composé d’un arbre avec à son sommet la marque des fruits. 菓 (guǒ), avec le composant de l’herbe au-dessus, en est une variante graphique. Parmi les caractères apparentés figurent巢 (cháo: nid), qui représente des oiseaux au-dessus d’un nid, ainsi que 课 (kè : leçon), composé de la clé de la parole.

 

MOTS

 

成果 chéngguǒ : résultat [fruit transformé]

 

果报 guǒbào : récompense prédéterminée [récompense en résultat – terme bouddhiste-]

 

果园 guǒyuán : verger [jardin de fruits]

 

因果 yīnguǒ : causalité [cause et fruit]

 

EXPRESSIONS

 

开花结果 kāi huā jiē guǒ: avoir des résultats positifs [éclore et porter ses fruits]

 

什么树,结什么果 shénme shù, jié shénme guǒ: on récolte ce que l’on sème [tel arbre, tel fruit]

 

言必信,行必果 yán bì xìn, xíng bì guǒ: il faut être fidèle à la parole donnée et résolu dans ses actes [les paroles doivent être crédibles, les actes doivent porter leurs fruits]

 

* For more information or articles, please visit the website of Prof. Joël Bellassen

 

**Méthode d’initiation à la langue et à l’écriture chinoises, by Joël Bellassen, (Français) Broché – 1 mai 2008